Fin des lampes à décharge : ce que doivent remplacer les collectivités
En période d'arbitrage budgétaire, la question n'est plus de savoir si le parc au sodium doit passer en LED, mais dans quel ordre. La fin des lampes à décharge impose un calendrier que la commune ne choisit pas.
5 min de lectureMis à jour le 31 août 2026

Fin octobre, commission des finances. Un adjoint présente le budget d'investissement de l'an prochain et bute sur une ligne: le parc d'éclairage public, plusieurs centaines de points lumineux dont une majorité au sodium haute pression. Le service technique signale que les lampes de rechange deviennent difficiles à trouver. Pour les collectivités, la fin des lampes à décharge a cessé d'être un sujet de veille.
Le calendrier ne relève pas d'un arbitrage local. Il découle de deux textes européens déjà en vigueur, qui retirent progressivement du marché les sources à décharge. La seule question ouverte porte sur l'ordre des remplacements.
Fin des lampes à décharge : ce que la réglementation impose aux collectivités
Deux textes agissent en parallèle. Le règlement européen d'écoconception des sources lumineuses fixe un seuil minimal d'efficacité en lumens par watt, en dessous duquel une source ne peut plus être mise sur le marché de l'Union. La plupart des technologies à décharge tombent sous ce seuil.
La directive RoHS, elle, limite les substances dangereuses dans les équipements électriques, dont le mercure. Les lampes fluorescentes, au sodium et aux iodures métalliques en contiennent et bénéficiaient d'exemptions. C'est l'expiration progressive de ces exemptions qui accélère les retraits.
Le point à retenir tient en une phrase: l'interdiction porte sur la mise sur le marché de lampes neuves, pas sur l'usage des lampes installées. Une lanterne en service peut continuer de fonctionner. Elle ne pourra simplement plus être réparée à l'identique.
Les familles concernées et leur calendrier
| Famille de sources | Texte concerné | Statut |
| --- | --- | --- |
| Vapeur de mercure | Écoconception | Retirée du marché depuis 2015 |
| Fluorescentes compactes sans ballast intégré | RoHS | Retrait engagé depuis février 2023 |
| Tubes fluorescents linéaires T5 et T8 | RoHS | Fin de mise sur le marché depuis août 2023 |
| Sodium haute pression et iodures métalliques | RoHS, exemptions haute intensité | Échéances attendues à partir de février 2027 |
Le détail des textes, des dates et des références réglementaires figure dans notre analyse de la directive européenne sur la fin des lampes à décharge.
Les installations sportives communales sont en première ligne. Beaucoup de gymnases, de stades et de plateaux extérieurs restent équipés de projecteurs aux iodures métalliques, dont les sources deviennent difficiles à approvisionner.
Un risque d'abord opérationnel
Aucune commune ne sera sanctionnée parce qu'un lampadaire au sodium fonctionne encore. Le risque est ailleurs: le jour où la lampe grille, le magasin n'a plus la référence, et le point lumineux reste éteint.
Cette situation se gère très mal au coup par coup. Remplacer une lanterne isolée par un modèle LED impose de reprendre la crosse, parfois le mât, et produit un parc hétérogène en teinte comme en niveau d'éclairement.
Anticiper coûte moins cher que subir. Un plan pluriannuel permet de grouper les commandes, de traiter des rues entières et de garder un parc cohérent.
Par quoi remplacer, rue par rue
Le remplacement ne consiste pas à visser une source LED dans une lanterne conçue pour le sodium. La géométrie du réflecteur, la dissipation thermique et l'étanchéité ne sont pas prévues pour cela, et le résultat photométrique est rarement conforme.
La rénovation se fait par luminaire complet, avec trois arbitrages à poser: le niveau d'éclairement et la classe de voie selon la norme EN 13201, la température de couleur, et la stratégie d'abaissement nocturne.
La méthode de relevé, de découpage en tranches et de priorisation est développée dans notre guide de rénovation de l'éclairage public LED pour les communes.
Ce qui reste finançable
Le paysage des certificats d'économies d'énergie a été fortement resserré. L'arrêté du 23 février 2026 a supprimé les fiches BAR-EQ-110, BAT-EQ-127 et IND-BA-116. Les opérations d'éclairage intérieur, tertiaire comme industriel, n'ont plus de fiche standardisée dédiée.
La fiche RES-EC-104, relative à la rénovation d'éclairage extérieur, subsiste. C'est aujourd'hui le seul levier CEE directement mobilisable sur un parc communal d'éclairage public, sous réserve de respecter les conditions de la fiche en vigueur.
Les autres leviers restent budgétaires et territoriaux: syndicat d'énergie, dotations d'investissement, programmes régionaux. Le montage se prépare en amont du chiffrage, pas après.
Ce que le remplacement change en exploitation
Le premier effet est la consommation. À niveau d'éclairement égal, un luminaire LED de voirie appelle une puissance nettement inférieure à une lanterne au sodium équipée de son ballast, ce qui allège la facture d'énergie et le poste de puissance souscrite.
Le deuxième effet est la maintenance. Une lanterne à décharge imposait un relamping périodique programmé. Un luminaire LED se remplace par bloc optique ou par driver, sur défaut constaté, ce qui déplace la charge d'un entretien systématique vers un entretien conditionnel.
Le troisième effet est la souplesse. La gradation et l'abaissement de milieu de nuit deviennent possibles rue par rue, ce qui permet d'ajuster le niveau aux usages réels sans couper l'éclairage. Ces gains se chiffrent dans le dossier de financement.
Les erreurs à éviter dans le passage à la LED
La première est le surdimensionnement. Remplacer une lanterne de 150 watts au sodium par un luminaire LED de flux équivalent conduit souvent à sur éclairer, parce que le rendement de l'optique a changé. Le calcul se refait à partir de la classe de voie, pas de l'ancienne puissance.
La deuxième est la température de couleur. Un blanc trop froid est mal perçu en zone résidentielle et pose une question environnementale. L'arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention des nuisances lumineuses encadre notamment cette caractéristique et les horaires d'extinction.
La troisième est l'hétérogénéité. Un parc rénové par petites touches, avec des teintes et des niveaux différents d'une rue à l'autre, produit une impression de désordre et complique le stock de pièces. La cohérence se décide au début, dans un référentiel technique communal.
Ce qu'il faut faire avant le vote du budget
Trois livrables suffisent à transformer une intention en ligne budgétaire défendable.
- Un inventaire du parc par type de source, avec l'âge des mâts et l'état des massifs.
- Un relevé d'éclairement sur les axes principaux, pour objectiver les écarts à la classe de voie.
- Un phasage en tranches annuelles, chiffré, avec la consommation évitée estimée par tranche.
Le premier de ces livrables se produit sur site. Notre partenaire réalise cet audit d'éclairage du parc communal, et détaille par ailleurs ce qui reste finançable en CEE.
Pour préparer la première tranche, parcourez la gamme d'éclairage extérieur et voirie et transmettez l'inventaire de votre parc.
À lire aussi : Rénover l’éclairage public: ce qu’une commune doit vérifier et Éclairage public solaire : fonctionnement, autonomie et cas d’usage pour les collectivités. Référence : directive 2011/65/UE dite RoHS (EUR-Lex).
Dans le catalogue Rexylum : le rayon Voies de circulation et CO-L500 150W. Pour dimensionner l'installation : l'étude photométrique de Luminance Consulting.



